Choisir son médium sec en dessin : fusain, pastel, crayon de couleur
Fusain, pastel et crayon de couleur : chacun possède un caractère propre, des usages bien définis et un potentiel expressif considérable. Ce guide vous aide à comprendre leurs différences pour choisir le bon médium selon votre style et votre projet.
Le fusain : l’outil du geste et du clair-obscur
Le fusain est l’un des plus anciens outils de dessin de l’humanité. Il se présente sous forme de bâtonnets de bois calciné — le plus souvent du saule ou du peuplier — qui déposent une poudre noire sur le support.
Les différents types et textures de fusains
Il existe deux grandes familles de fusains :
Le fusain naturel (aussi appelé fusain de vigne ou de saule) : tendre, il permet des traits souples, faciles à effacer et à estomper. Idéal pour les croquis préparatoires et les grandes compositions.
Le fusain compressé : plus dense et plus gras, il offre des noirs profonds et intenses. Il est plus difficile à effacer et convient à un travail abouti et définitif.
Il existe aussi des crayons au fusain, qui combinent la poudre de charbon dans une mine taillable au taille-crayon — pratiques pour les détails fins.
Les techniques propres au fusain
Le fusain est un médium particulièrement adapté au travail des valeurs et du clair-obscur. On peut déposer la matière, l’estomper du doigt ou avec un estompe, la gratter avec une gomme mie de pain pour récupérer les lumières. Cette réversibilité en fait un outil très permissif, parfait pour apprendre sans pression.
💡 Astuce d'artistes : pour fixer votre dessin au fusain et éviter qu’il ne s’efface, utilisez un fixatif en bombe. Sans cette étape, la moindre friction suffit à effacer des heures de travail.

La sanguine : la chaleur et l’incarnat de la Renaissance
Si le fusain est l’outil de l’ombre, la sanguine est celui de la vie. Utilisée massivement par les maîtres de la Renaissance comme Léonard de Vinci, la sanguine est une terre naturelle (de l'hématite) dont les nuances oscillent entre l'orangé, le rouge brique et le brun terreux.
Les différentes formes de sanguine
Comme ses cousins, la sanguine s’adapte à votre précision :
- Les carrés ou bâtonnets : parfaits pour travailler avec la tranche et couvrir de larges zones. Ils offrent une grande liberté de geste.
- Les crayons : indispensables pour les détails anatomiques ou les portraits précis.
- Sanguine sèche vs sanguine grasse : la version sèche se comporte comme un pastel et s'estompe très facilement. La version grasse (souvent sous forme de crayon) est plus permanente, offre un trait plus sombre et ne s'estompe presque pas.
La technique des « Trois Crayons »
La sanguine est la reine du portrait et de l'étude de nu. Elle est célèbre pour la technique des Trois Crayons, qui consiste à combiner sur un papier teinté (souvent gris ou beige) :
- La sanguine pour les demi-teintes et les chairs.
- La pierre noire (ou fusain) pour marquer les ombres profondes et les contrastes forts.
- La craie blanche pour les rehauts de lumière.
💡Astuce d'artiste : la sanguine est très sensible à la pression. En variant la force de votre trait, vous pouvez passer d'un voile de couleur très léger à un rouge intense et profond. Comme le fusain, elle nécessite un fixatif pour durer dans le temps.

Le pastel : entre dessin et peinture au temps de séchage rapide
Le pastel est un médium sec et hybride qui tient à la fois du dessin et de la peinture. Il se compose de pigments purs liés avec très peu de liant (gomme arabique ou méthylcellulose), ce qui le rend extrêmement coloré et lumineux.
Les différences entre les produits : pastel sec vs pastel à l’huile
Le pastel sec (ou pastel tendre) : très doux et poudré, il permet des fondus somptueux et une grande richesse de couleurs. Il existe en bâtonnets ronds (Rembrandt, Schmincke, Sennelier) ou carrés, plus adaptés au travail de zones larges. C’est le pastel le plus souvent utilisé par les paysagistes et les portraitistes.
Le pastel à l’huile (Caran d’Ache Neocolor II, Pentel Arts) : plus gras et résistant à l’eau, il adhère à presque tous les supports et peut être travaillé avec un solvant ou même de l’eau pour certaines gammes. Il se rapproche de la peinture et ne nécessite pas de fixatif.
Les techniques de base au pastel
L’estompage est la technique centrale du pastel sec : en étalant la poudre du doigt, d’un estompe ou d’un coton, on crée des transitions douces et veloutées impossibles à obtenir avec d’autres médiums. On peut superposer les couches, gratter avec une lame pour créer des textures, ou même appliquer le pastel en hachures croisées pour un rendu plus graphique.
💡 Astuce : travaillez toujours du clair vers le sombre en pastel sec. Une fois les tons foncés posés, il est très difficile de revenir à des teintes claires sans surcharger le papier.

Le crayon de couleur : la précision au service de la couleur
Le crayon de couleur est souvent perçu comme un outil scolaire basique, mais les gammes professionnelles actuelles en font un médium d’une finesse et d’une richesse remarquables. Sa mine, composée de pigments liés à une cire ou à de l’huile, peut produire des œuvres d’un réalisme stupéfiant entre les mains d’un artiste maîtrisant les techniques de superposition.
Crayons de couleur à la cire vs aquarelle
Les crayons à la cire (Faber-Castell Polychromos, Caran d’Ache Pablo, Prismacolor Premier) : ce sont les plus populaires chez les illustrateurs professionnels. Leur mine résistante permet un travail très précis et des superpositions multiples. Les Faber-Castell Polychromos sont réputés pour leur tenue à la lumière et leur richesse pigmentaire.
Les crayons aquarellables (Faber-Castell Albrecht Dürer, Derwent Watercolour) : leur mine hydrosoluble permet de les diluer à l’eau après application pour créer des effets de lavis. Ils fonctionnent à la fois comme crayon de couleur classique et comme peinture aquarelle simplifiée.
Les techniques avancées au crayon de couleur
La superposition (ou layering) est la technique clé : on pose des couches successives de couleurs pour créer des teintes et des ombres complexes. Le burnishing consiste à appuyer très fort avec un crayon blanc ou une couleur claire pour fondre les couches ensemble et créer un rendu presque photographique. Le hatching (hachurage) produit des textures graphiques en croisant des traits parallèles de couleurs différentes.
Quel papier utiliser pour les médias secs ?
Choisir le bon support est aussi important que le médium lui-même.
- Pour le fusain : un papier à grain moyen (type Canson Mi-Teintes) accroche bien la poudre. Évitez le papier trop lisse qui ne retient pas la matière.
- Pour le pastel sec : un papier de couleur texturé (Canson Mi-Teintes, Hahnemühle Pastel) est recommandé. La couleur de fond du papier fait partie de la composition : choisissez-la en fonction de votre sujet.
- Pour le pastel à l'huile : un papier assez lisse mais épais. Voici les recommandations d'un utilisateur de Reddit :
J'aime le papier aquarelle Canson. Facile à trouver et pas cher. Le papier à huile Arches grain fin est super aussi. Le pastel mat de Clairefontaine est incroyable, c'est mon préféré mais c'est cher. J'ai utilisé du papier Bristol lisse et je l'adore, mais il faut un peu s'y habituer et ça demande une certaine façon d'approcher avec les pastels à l'huile.
- Pour le crayon de couleur : un papier lisse à légèrement grainé. Un grammage de 160 à 220 g/m² évite le gondolage lors des superpositions intensives.
- Pour la sanguine : Privilégiez un papier à grain léger, de couleur crème, beige ou gris. Le papier teinté permet de faire ressortir la chaleur du pigment rouge et d'utiliser une craie blanche pour les lumières.
Quel médium sec choisir selon votre projet artistique ?
En vérité, le choix dépend de votre utilisation et de vos goûts. Sur le sub-reddit r/ArtistLounge, l'utilisateur u/OldRefregirator7607 précise qu'il recherche des mediums secs pour une pose de couleur rapide : les autres utilisateurs conseillent alors pastel ou crayon aquarellables. Voici d'autres associations projet-matériel qui peuvent vous convenir :
Les médias secs sont des alliés incontournables pour tout dessinateur, du débutant curieux à l’illustrateur professionnel. Maîtriser leurs spécificités, c’est multiplier les possibilités d’expression et adapter son outil à chaque intention artistique.
Envie d’approfondir ces techniques dans un cadre structuré ? Une formation en illustration vous permettra de progresser rapidement et méthodiquement.

